Hello !

c’est Fleur Hana ^^
Bienvenue dans mon univers!
Autrice & fĆ©ministe, je suis publiĆ©e depuis plus de 12 ans. J’Ć©cris pour toutes les hĆ©roĆÆnes badass qui me lisent, en essayant de mettre Ć  l’honneur mes valeurs. Je milite pour une romance actuelle, engagĆ©e, et surtout distrayante!Parce que la romance n’est pas figĆ©e dans un schĆ©ma archaĆÆque où la femme est l’accessoire d’un homme, et qu’il est temps qu’elle ait sa tribune, vive la romance des hĆ©roĆÆnes pluri(elles)!
DƩcouvre mes histoires sans plus attendre:

Chaque lectrice est l’hĆ©roĆÆne badasse de sa vie!

ƀ chaque univers ses titres phares

Biker
Blade

Il y a les cicatrices qu’on voit… et celles qu’on dissimule.

***Hannah***

Un instant, je rĆ©alise Ć  quel point je suis chanceuse d’être si bien entourĆ©e par cette immense famille. Et celui d’aprĆØs, je me rappelle qu’un trou bĆ©ant creuse ma poitrine et qu’il m’a rejetĆ©e. Les Ć©motions que ce constat rĆ©veille se bousculent en moi sans dĆ©licatesse, m’empĆŖchant de me dĆ©cider sur une question pourtant trĆØs simple.

Suis-je heureuse ?

***Blade***

Quand je suis prĆØs d’elle, je ne raisonne plus. J’y vais Ć  l’instinct. C’est Ƨa qui m’a incitĆ© Ć  la repousser. Mais la vie sans elle ? J’essaie...

Chick lit & Romcom
Cupcakes & Co(caĆÆne) – T.1

La folie douce d'une comƩdie gourmande et sexy

Charlotte, dite Charlie, avait un objectif dans la vie : faire prospƩrer sa boutique de cupcakes.
Quelle Ć©tait la probabilitĆ© qu’elle se retrouve poursuivie par la mafia russe avec pour seule protection un flic sexy mais pas franchement aimable ?
Avec ce duo qui fait des Ć©tincelles, Fleur Hana nous rĆ©gale d’hilarantes joutes verbales.

Sous le soleil de la CĆ“te d’Azur, ce cocktail explosif de romance, d’action et d’humour est irrĆ©sistible !

 

Contemporaine
Seconde Chance – T.1

Partir est plus facile que revenir…

***Lise***

J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ƈa ferait un scĆ©nario digne des tĆ©lĆ©films de l’aprĆØs-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part Ć  des centaines de kilomĆØtres, rĆ©alise qu’elle l’aime toujours, passe Ć  cĆ“tĆ© de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. Ah, oui… c’est douloureux de rĆ©sumer ma vie en une phrase, mais tellement conforme Ć  la rĆ©alitĆ© que je pourrais sĆ»rement Ć©crire un mauvais guide, Ć  dĆ©faut de faire fortune Ć  la tĆ©lĆ©. Comment piĆ©tiner son propre

Imaginaire
Eliza Knox – T.1

Depuis que Dieu est mort c’est la merde, et Ƨa ne risque pas de s’arranger.
Trois siĆØcles Ć  faucher des Ć¢mes en solo pour Lucifer, et ma seule rĆ©compense est de me coltiner un (boulet) de stagiaire. En bonus, un titre (foireux) d’ambassadrice me tombe dessus pour reprĆ©senter l'Enfer Ć  San Francisco. Ƈa m'apprendra Ć  tourner le dos aux pĆ©chĆ©s capitaux !

Cerise sur le gâteau (de mon désespoir), des (abrutis) de métamorphes disparaissent dès mon premier jour.

Ma mission ? Maintenir l’équilibre cosmique... (et accessoirement ma santĆ© mentale).

En plus,

Contemporaine
On comptera les Ʃtoiles

Nous avons tous une bonne Ʃtoile, encore faut-il la trouver...

Lycéenne solitaire et réservée, Amélia entretient toujours des liens très forts avec sa confidente, Maëva, malgré la distance qui les sépare. Elle ne souhaite qu'une chose : ne pas faire de vagues et s'acheminer discrètement jusqu'à la délivrance - le bac. Quand elle rencontre Samuel, elle ne s'attend pas à ce que le bassiste au coeur tendre bouleverse son existence. Prévenant, drÓle et sécurisant, il l'amène peu à peu à s'ouvrir aux autres et à la vie. Toutefois, lorsque la jeune fille croise une connaissance du passé, tout bascule. Amélia

Chick lit & Romcom
Ma Romance de Noƫl (Presque) Parfaite

Cher père Noël, je veux un amoureux, sinon rien !

Je rĆŖve d'un NoĆ«l romantique, comme dans The Holiday ou Love Actually : une histoire d’amour et de flocons, avec un zeste de guirlandes lumineuses. Ce n’est pas si compliquĆ©, non ? ƀ croire que si, vu que l’an dernier, mon mec m’a larguĆ©e juste avant les fĆŖtes !

Cette fois, pas question de me laisser abattre : j’aurai mon NoĆ«l parfait ! Et ni cette poule malĆ©fique ni mon Ɖcossais de patron sexy et tyrannique ne m’en

Blade
GƩnƩration 2 - Tome 1

Blade est le premier tome de la seconde gƩnƩration des Phoenix Ashes

Il peut se lire comme un one-shot. Il a une fin, même si certains éléments se poursuivent dans la suite de la série
Ordre de lecture

La première génération des Phoenix Ashes se compose de 3 novellas (histoires plus courtes que les romans). Ces novellas sont comme un bonus pour plonger dans les origines du club des Phoenix Ashes :
Tome 1 : Nath
Tome 2 : Elena
Tome 3 : Mia


La deuxième génération des Phoenix Ashes se compose de 6 tomes. La série est toujours en cours :
Tome 1 : Blade
Tome 2 : Ghost
Tome 3 : Sniper
Tome 4 ; Irish
Tome 5 : Hotshot (sortie en automne 2022)
Tome 6 : ??? (sortie en 2023)

Ci-après, découvre le 1er chapitre de cette série

Blade
GƩnƩration 2 - Tome 1
Prologue


J’entends mon prĆ©nom. Des cris. Des murmures. Tous ces sons me parviennent comme si j’étais sous l’eau. Je ne comprends pas. Je comprends tout. Je ne sais plus où se trouve la rĆ©alitĆ©. Quelqu’un me soutient. Si on me lĆ¢che, je tombe. Encore. Une main se pose sur mon Ć©paule, je la repousse. J’essaie de me lever. On me retient. Rien n’a de sens. Des hurlements retentissent. Si fort. Tellement douloureux. Ma gorge me fait mal. Les cris viennent de moi ? Une plainte continue Ć  m’en dĆ©chirer les cordes vocales. La sensation de me noyer Ć  l’air libre. Mes doigts qui s’accrochent Ć  quelque chose. Quelqu’un. Les genoux au sol, je me dĆ©bats quand des bras m’entourent.

Chapitre 1
Hannah


– Hannah !
ƀ peine un pied dans le club et dĆ©jĆ  Eliott m’accueille chaleureusement. Son enthousiasme fait ressortir la culpabilitĆ© qu’il m’arrive de ressentir. Il ne me reproche rien, c’est moi.
– Eliott, comment vas-tu ?
Celui que je considĆØre comme un oncle me serre dans ses bras et me tient ensuite devant lui, ses mains sur mes poignets.
– Je vieillis, et toi tu es devenue une femme sans que je m’en aperƧoive. Hier, tu portais des couettes et tu grimpais sur mes Ć©paules !
– Tu ne vieillis pas tant que Ƨa ! Et l’époque où je pouvais monter sur ton dos remonte Ć  quinze ans, maintenant !
Il secoue la tĆŖte en souriant d’un air navrĆ©, comme s’il ne rĆ©alisait pas que je ne suis plus une enfant. C’est ridicule, car nous nous sommes vus il y a un an, grand maximum. ƀ moins que Ƨa fasse un peu plus longtemps ? Je ne sais pas trop. Je regrette aussitĆ“t de les laisser sans nouvelles. Mais j’ai fait un choix, et les raisons qui m’y ont poussĆ©e n’ont pas changĆ©.
– Tu restes pour le week-end ?
– Non, juste la soirĆ©e. J’ai des cours Ć  travailler.
– Ton pĆØre est tellement fier de toi ! Tu lui manques, princesse.

Je grimace, me sentant plus coupable encore de m’être Ć©loignĆ©e. Et aussi, Ć  cause du surnom que je n’ai jamais apprĆ©ciĆ©. Pour eux, c’est ce que je suis, la royautĆ© du club. Peu importe la distance que je prends. Eliott attrape en riant sa petite-fille qui passe prĆØs de nous. Je l’observe quelques instants en souriant puis parcours la grande salle du regard. Je sais ce que je cherche. Souffrir. Le voir.
DĆØs que je suis entrĆ©e Ć  la fac, j’ai cessĆ© de participer Ć  ces routines : les fĆŖtes, les rĆ©unions, les barbecues. Je me contente Ć  prĆ©sent d’une soirĆ©e de temps en temps et mon plan Ć©tait parfait, Ć  un dĆ©tail prĆØs : Blade. Il n’est mĆŖme pas un membre des Hurricanes. Il n’aurait pas dĆ» interfĆ©rer dans l’objectif que je me suis fixĆ©. Mais il rĆ©ussit Ć  foutre en l’air tout ce qui constitue Ć  prĆ©sent ma vie. En Ć©tant lĆ , au club, une biĆØre dans une main et la taille d’une des filles dans l’autre. Amanda, je crois. Je ne lui en veux pas, elle saisit une opportunitĆ© qui lui est offerte et Blade attire plus d’un regard fĆ©minin quand il est prĆ©sent quelque part. Le mien, Ƨa fait des annĆ©es qu’il l’a capturĆ© sans jamais y rĆ©pondre. J’aurais pu accepter ce style de vie pour lui, je l’aurais fait sans une seconde d’hĆ©sitation. Tant pis pour lui, et pour moi, mais je m’applique Ć  ne surtout pas manifester mon agacement face Ć  son indiffĆ©rence. Je ne suis pas stupide, je sais parfaitement comment Ƨa fonctionne. Pour s’intĆ©resser Ć  moi, il faudrait qu’il passe par mon pĆØre et Ƨa pourrait dĆ©clencher des problĆØmes. Seulement voilĆ , il ne l’a jamais fait : je n’en vaux pas la peine. Celui qui remuera ciel et terre pour moi gagnera le respect du prĆ©sident des Hurricanes et le droit de poser les mains sur moi. Sauf que mon pĆØre n’est pas arrivĆ© Ć  la tĆŖte de ce club en Ć©tant abordable et sympathique, alors Ƨa ne se bouscule pas au portillon. Il peut l’être, sympathique, bien sĆ»r : avec sa famille il est diffĆ©rent de l’homme qui dirige un des plus gros clubs de la cĆ“te ouest. En bref, mon intĆ©rĆŖt pour le fils du vice-prĆ©sident des Phoenix Ashes n’a jamais suscitĆ© le sien. Alors pour m’éviter ce type de dĆ©ception, je me suis Ć©mancipĆ©e

de cette vie et, mon pĆØre en moins dans le tableau, j’arrive Ć  avoir quelques relations sociales normales.
Ce n’est pas ce que tu voulais, Hannah… La normalitĆ© t’ennuie.
– Un jour, il s’en voudra et rĆ©alisera qu’il est passĆ© Ć  cĆ“tĆ© d’une merveilleuse femme.
Ma mère entoure mes épaules de son bras tatoué. Je passe le mien autour de sa taille et la serre contre moi.
– Je crois qu’il n’aura jamais cette Ć©piphanie, malheureusement.
– Et ce Thomas que tu as rencontrĆ© Ć  la fac ?
– C’est un partenaire d’exposĆ©. Faut voir le positif, je peux me concentrer sur mes Ć©tudes !
Je tourne le visage vers elle. On se ressemble, elle et moi, au point qu’en la regardant, j’ai une bonne idĆ©e de celle que je serai Ć  son Ć¢ge. L’encre en moins, les tatouages ne m’ont jamais tentĆ©e. Blondes presque platine, joues un peu rondes, grands yeux bleus et formes gĆ©nĆ©reuses. On nous prend souvent pour des sœurs. J’ignore si je fais plus que mon Ć¢ge ou elle moins que le sien, mais notre relation a Ć©voluĆ© de mĆØre-fille Ć  mĆØre-fille-meilleures-amies dĆØs que j’ai eu 12 ans. MĆŖme en public, nous ne cachons pas notre complicitĆ©. Mon pĆØre s’étant retrouvĆ© en prison pendant trois ans, nous nous sommes raccrochĆ©es l’une Ć  l’autre parce que nous Ć©tions tout ce qu’il restait de notre famille, Ć  ce moment. Ma mĆØre et moi, on s’était fait une vie Ć  deux qu’il a fallu dĆ©construire lorsqu’il est revenu vivre avec nous. Je ne dĆ©plore pas une seconde son retour, mais je reconnais que son absence est malgrĆ© tout parvenue Ć  crĆ©er quelque chose de bon.
– Cette fille, Amanda, je crois ?
Ma mĆØre hoche la tĆŖte sans quitter Blade des yeux, je continue :
– Elle est bien ?

– Elle est serviable, ne pose pas de questions, connaĆ®t les rĆØgles du jeu. Mais tu sais qu’il ne se passera rien de plus qu’une nuit, entre eux. Il reprend la route dans quelques jours, ma chĆ©rie.
C’est aussi Ƨa qui a toujours jouĆ© contre nous, enfin, contre moi. Car pour ĆŖtre tout Ć  fait honnĆŖte : il n’y a jamais eu de nous ailleurs que dans mes fantasmes. Mon imagination est tout ce qu’il me reste chaque fois qu’il retourne Ć  Roseville, Ć  huit heures de route de San Diego.
– Mes deux femmes prĆ©fĆ©rĆ©es !
Mon pĆØre arrive vers nous en souriant, les bras ouverts, dans l’intention de nous serrer contre lui. Ce qu’il fait dĆØs qu’il est Ć  notre niveau. J’aime qu’il se foute de notre audience. Le seul endroit où il ne nous manifeste pas d’affection, c’est l’unique piĆØce où nous n’entrons jamais de toute faƧon ; la salle où se tiennent les rĆ©unions du club. La chapelle est rĆ©servĆ©e aux membres, personne d’autre ne peut y pĆ©nĆ©trer, pas mĆŖme nous. Mais ici, lors d’une soirĆ©e rĆ©unissant les Hurricanes et les autres bikers de passage comme Blade, il est mon pĆØre et le mari de ma mĆØre avant d’être leur prĆ©sident. Ce sourire, nous sommes les seules Ć  en profiter. Comme je le disais, il n’est pas devenu prĆ©sident d’un club de hors-la-loi en faisant dans le bon sentiment. Sa renommĆ©e dĆ©passe les frontiĆØres des Ɖtats-Unis et le seul sourire dont les autres bĆ©nĆ©ficient est celui qu’il leur offre avant que Ƨa tourne mal. C’est en tout cas sa rĆ©putation. J’essaie de caser Ƨa dans une boĆ®te, au fond de mon esprit, dans un recoin sombre où mon Ć©ducation m’a appris Ć  accepter la propre morale du MC.
– Et si on laissait les jeunes profiter de la suite de la nuit ?
Il s’adresse Ć  ma mĆØre en haussant les sourcils.
– Parle pour toi ! J’ai la jeunesse Ć©ternelle !
Il l’attrape dans ses bras et elle entoure sa taille de ses jambes alors qu’ils parlent plus bas. Je les pousse un peu plus loin de moi en riant :

– Je… je… Des annĆ©es de thĆ©rapie ! VoilĆ  ce que Ƨa va vous coĆ»ter !
Ils rient de ma pudeur, mais enfin… mes parents ! Ils n’ont eu d’activitĆ© sexuelle que pour me concevoir, le reste ressemble Ć  Ā« la la la Ā» dans ma tĆŖte.
– Sois prudente quand tu rentres, envoie-moi un SMS, d’accord ?
Je promets Ć  ma mĆØre de la prĆ©venir de mon arrivĆ©e Ć  l’appartement que je partage avec deux autres Ć©lĆØves de la fac. Mes parents m’embrassent et je les regarde partir en saluant tous ceux qu’ils croisent. Mon pĆØre a gagnĆ© le respect de ses membres il y a dĆ©jĆ  bien longtemps, ils sont devenus la famille qu’il a choisie en plus de celle qu’il a fondĆ©e.
– Tu te fais rare.
Leslie est une des filles qui traĆ®nent au club depuis une Ć©ternitĆ© ; je n’étais pas nĆ©e Ć  son arrivĆ©e. C’est elle qui fait en sorte que tout se dĆ©roule bien. Ces mecs souvent crades et machos ont besoin que quelqu’un leur rappelle que, s’ils font la loi sur la route, le club ne tient debout au quotidien que grĆ¢ce aux femmes. Et celle qui seconde ma mĆØre dans cette mission, c’est Leslie.
Je l’attire Ć  moi sans lui rĆ©pondre. Elle dĆ©sapprouve la distance que je mets entre nous, mĆŖme si elle comprend mon besoin d’ailleurs. Je refuse de gĆ¢cher le peu de temps que je passe ici Ć  me disputer avec elle.
– Tu restes pour la nuit ?
– Non, je passe voir Clara et je rentre.
Ma meilleure amie du lycĆ©e est dĆ©jĆ  mariĆ©e et son fils a quelques mois. Elle s’est installĆ©e dans le coin et reprĆ©sente tout ce que je redoute : la routine. M’enliser dans le rĆ“le de la mĆØre de famille qui gĆØre la popote et sert une biĆØre Ć  son mec quand il rentre du travail. Je ne devrais pas avoir ces pensĆ©es, mais j’ai vu trop d’épouses trompĆ©es au service de leur mari infidĆØle pour souhaiter cet avenir Ć  qui que ce soit. ƀ moi en particulier.

J’ai conscience que le microcosme des bikers n’est pas diffĆ©rent du reste du monde, d’ailleurs.
La proportion de connards est la mĆŖme, peu importe le milieu. Disons que celui dans lequel j’ai grandi possĆØde son autre lot d’inconvĆ©nients qui, ajoutĆ©s au reste, me donnent surtout envie d’assurer mon indĆ©pendance.
Comme Ć  son habitude, Leslie me fait la mise Ć  jour des potins du club. Rire avec elle est agrĆ©able. Mais au bout de quelques minutes seulement, elle file et part gĆ©rer un souci avec le stock de whisky, me laissant Ć  nouveau seule. Pile quand le son de la musique augmente et que les dĆ©cibels des voix l’imitent. C’est le moment pour moi de m’en aller. De soirĆ©e dĆ©tendue et familiale, l’ambiance va glisser vers l’orgie. J’adresse un signe Ć  quelques personnes assez sobres pour s’apercevoir de mon dĆ©part et m’avance vers la sortie. Avant de partir et de ne plus le voir pendant peut-ĆŖtre un an encore, je m’autorise un coup d’œil par-dessus mon Ć©paule vers Blade. Je reste figĆ©e sur place en rencontrant ses yeux qui me fixent. Amanda lui parle, il hoche la tĆŖte, mais ne l’écoute pas vraiment. Toute son attention est focalisĆ©e sur moi. Une main sur la poignĆ©e, la tĆŖte inclinĆ©e vers lui, je reste sur pause en essayant de dĆ©chiffrer la faƧon dont il m’observe depuis l’autre cĆ“tĆ© du club. Quelqu’un passe devant lui, le lien est rompu, je m’échappe avant d’être tentĆ©e de rester et me ridiculiser.
L’air n’est pas spĆ©cialement frais, mais il suffit Ć  me remettre les idĆ©es en place. Je n’ai pas bu, Ć  part une biĆØre en arrivant, heureusement car la tĆŖte me tourne dĆ©jĆ  lĆ©gĆØrement en analysant le comportement de Blade. C’est la premiĆØre fois que je le surprends Ć  m’observer, et je le regarde assez souvent lorsqu’il est lĆ  pour savoir que ce n’est pas dans ses habitudes. ƀ sa derniĆØre visite, je n’étais pas encore tout Ć  fait majeure : est-ce que Ƨa fait une diffĆ©rence pour lui ? Avant, je n’avais pas d’intĆ©rĆŖt, maintenant je suis lĆ©galement… Quoi ? Je souris en me moquant de moi-mĆŖme, coupant court Ć  mes divagations.

Il n’est pas tellement plus vieux que moi, cinq ans, ce n’est rien. Je dois me faire une raison : il ne s’intĆ©ressera jamais Ć  moi et mon Ć¢ge n’y est pour rien.

J’arrive Ć  ma voiture sur le parking du club. Je sors mes clefs, mais n’ai pas le temps de faire un autre geste que je suis brutalement poussĆ©e contre ma portiĆØre. L’air est expulsĆ© d’un coup de mes poumons et la douleur irradie dans le haut de mon corps suite au choc et Ć  la pression exercĆ©e dans mon dos pour me maintenir en place.

FIN de l'extrait
X
Cupcakes & Co(caĆÆne) - Chapitre 1

– Roulez !
Je sursaute lorsque plusieurs choses se produisent en mĆŖme temps :
1/ Un homme vient de monter dans ma voiture.
2/ Il a aboyƩ un ordre.
3/ Il tient une arme dans sa main.
Une vraie. Ou peut-ĆŖtre qu’elle ne l’est pas, mais dans le doute, je vais partir du principe qu’elle l’est.
– DĆ©marrez et roulez, Charlotte !
4/ Il connaƮt mon prƩnom.
Une rapide analyse de la situation m’indique qu’il y a peu de chances que je parvienne Ć  dĆ©tacher ma ceinture, ouvrir ma portiĆØre, m’enfuir et trouver de l’aide avant qu’il n’ait le temps de me rattraper. Ou pire : d’utiliser son arme possiblement factice mais probablement authentique. La sagesse l’emportant sur la trouille, je mets le contact et sors ma Clio de sa place de parking. Je me trouve super zen. Je ne suis pas en train de paniquer ou de sentir l’hystĆ©rie monter en moi, non. Rien de tout Ƨa. MĆ©thode CouĆ©. Car bien entendu, je suis au bord de la crise de nerfs. Je tourne au pas dans la rue qui mĆØne Ć  la nationale, prenant bĆŖtement le chemin qui me ramĆØne chez moi, Ć©tant donnĆ© qu’il ne m’a pas fourni plus de prĆ©cisions. Sauf que ce serait stupide de lui dĆ©voiler cette information, non ?
Un coup d’œil vers lui que j’espĆØre subtil me permet de mieux distinguer ses traits. Oh non !
Dans les sĆ©ries, ils disent toujours que si l’agresseur ne masque pas son visage, c’est qu’il se fiche d’être reconnu, puisqu’il a l’intention de tuer sa victime ! Une seconde… Mais je le connais ! C’est toutes ces fringues noires qui m’ont perturbĆ©e, il est plutĆ“t casual d’habitude !

– Lionel ?
Il ne rĆ©agit pas. Pourtant je suis sĆ»re que c’est lui ! Il vient plusieurs fois par semaine m’acheter des cupcakes. Jamais les mĆŖmes, et en moins de deux mois il a rĆ©ussi Ć  tester les quarante-sept variĆ©tĆ©s que je propose de maniĆØre alĆ©atoire dans ma pĆ¢tisserie.
– Vous ĆŖtes demeurĆ©e ?
Je sursaute Ć  nouveau.
– Changez de route, on ne peut pas aller chez vous !
5/ Il sait où je vis.
Il va rĆ©duire mon espĆ©rance de vie s’il continue Ć  ainsi malmener mon cœur !
Toujours obĆ©issante, rapport Ć  l’arme qu’il tient posĆ©e sur ses genoux, je bifurque et pratique un exercice de respiration que mon application de mĆ©ditation Petit Bambou m’a enseignĆ©e. Ƈa ne fonctionne pas des masses quand j’essaie de mĆ©diter le soir au calme dans mon lit, autant dire que c’est peine perdue Ć  l’heure actuelle.
– Lionel, je ne sais pas ce que vous pensez faire, mais je ne possĆØde rien de valeur. Je suis endettĆ©e sur dix-huit ans pour mon commerce et mon appartement, je galĆØre Ć  me verser un salaire chaque mois et…
– Silence, je rĆ©flĆ©chis.
OK. Mon argent ne l’intĆ©resse pas, ce qui tombe bien puisque je n’en ai pas. Mais du coup… si ce n’est pas aprĆØs mon pognon qu’il en a…
– J’ai de l’herpĆØs gĆ©nital !

Le silence qui suit ma dĆ©claration est inquiĆ©tant. Est-ce qu’il va abandonner son intention de me violer ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, non ? Un type me braque au moment où j’arrive sur mon lieu de travail et m’oblige Ć  rouler sans but. Il cherche un bois où il pourra ensuite laisser mon corps ? Parce que si c’est le cas, nous n’allons pas du tout dans la bonne direction. Je le lui signale ou je fais comme si je n’avais pas parlĆ© d’une MST imaginaire pour me dĆ©barrasser de mon agresseur ?
– Vous avez de l’herpĆØs gĆ©nital ? rĆ©pĆØte-t-il trĆØs calmement.
C’est le moment d’être intelligente, Charlotte, tu peux le faire. Car s’il est vraiment tordu, il y a des risques que cet aveu mensonger l’intĆ©resse. Oh, et puis zut !
– Ɖcoutez, le mieux est que je vous dĆ©pose ici et que nous oubliions toute cette histoire. Je ne porterai pas plainte et chacun retournera Ć  sa petite vie.
– Je confirme, vous ĆŖtes demeurĆ©e. Un mec monte dans votre caisse, avec un flingue Ć  la main, et vous envisagez de ne pas porter plainte ?
– Non, mais aprĆØs, moi, je peux ĆŖtre arrangeante si vous me laissez tranquille. Vous n’avez peut-ĆŖtre pas pris vos mĆ©dicaments, ce matin ?
Qu’est-ce que je raconte ? Bon sang, je ne suis pas blonde mais j’aurais le rĆ“le dans n’importe quel film d’horreur. Je ne survivrais mĆŖme pas aux 3 minutes de gĆ©nĆ©rique de dĆ©but !
– Je suis en train de vous sauver les miches, Charlie, alors arrĆŖtez de vous foutre de moi.
– Vous m’enlevez puis m’appelez par mon surnom comme si nous Ć©tions amis ? Vous ĆŖtes un grand malade !

– C’est vous qui me l’avez proposĆ©.
– Oui ! Avant que vous vous pointiez dans ma voiture en braquant une arme pour m’obliger Ć  dĆ©marrer !
– Je n’ai jamais braquĆ© mon flingue sur vous.
– Bien sĆ»r que si !
– Non, je le tiens posĆ© sur mes genoux depuis l’instant où je suis montĆ©.
– Je comprends, mais oui, bien sĆ»r, Ƨa fait toute la diffĆ©rence ! Ā« Mesdames et messieurs les jurĆ©s, je ne vois pas Ć  quel moment la plaignante a pu croire que j’en voulais Ć  sa vie, je ne l’ai pas visĆ©e avec le canon de mon arme sur elle une seule fois. C’est un malentendu. Ā»
Dans ma tĆŖte, j’entends le Ā« TA TA Ā» de New York, Police Judiciaire. Parce que je suis certainement en train de basculer dans la folie. Un client rĆ©gulier de la cupcakerie m’enlĆØve et je me refais la musique d’une sĆ©rie dans laquelle 90 % du casting de chaque Ć©pisode finit dans un sac mortuaire.
– Prenez l’autoroute, direction Nice.
LĆ , on va avoir un souci.
– Vous ĆŖtes sĆ»r ? Parce que cette voiture n’est pas trĆØs rĆ©sistante au-delĆ  de 80 km/h.
– Roulez et bouclez-la ! Que je m’entende penser.
Mes mains se crispent sur le volant, mais je lui obĆ©is. Partant du principe qu’il n’est pas mentalement Ć©quilibrĆ©, j’applique la doctrine Ā« ne jamais contrarier un fou Ā» et tĆ¢che de rationaliser. La bonne nouvelle est qu’il est vraisemblablement possible de dialoguer avec lui. Pour le moment, il ne m’a pas violentĆ©e et j’espĆØre que Ƨa va continuer comme Ƨa, car je n’ai aucune rĆ©sistance Ć  la douleur. Je suis une chochotte et je l’assume. Mais je vais garder cette donnĆ©e secrĆØte, ce serait idiot de lui fournir des munitions pour qu’il s’en serve contre moi.

Il commence Ć  faire chaud dans l’habitacle, je n’ai bien entendu pas la climatisation dans ma vieille bagnole qui date d’un autre siĆØcle. MĆŖme Ć  l’allure où nous roulons une fois que je suis engagĆ©e sur l’A8, ouvrir les vitres est impensable : le toit serait fichu de s’envoler Ć  cause de l’appel d’air. Le silence est au moins aussi pesant que la tempĆ©rature de ce mois de juin Ć©touffant. N’étant pas douĆ©e pour me taire – surtout quand je suis nerveuse, et je le suis de plus en plus –, je me risque Ć  lui parler aprĆØs presque dix minutes sans qu’aucun de nous ne se soit exprimĆ©. Dans ces conditions, une Ć©ternitĆ©, en somme.
– Vous allez me tuer ?
Je ne suis pas certaine d’avoir envie de connaĆ®tre la rĆ©ponse, mais j’imagine qu’il y a des tas de choses que je pourrais dire pour l’en dissuader et j’aimerais avoir le temps de me prĆ©parer Ć  le supplier d’épargner ma vie.
– Je vous ai dit que j’étais en train de vous sauver les miches. Pourquoi je me fatiguerais Ć  le faire si c’était ensuite pour vous tuer ?
– Non, mais j’essaie de comprendre, pardonnez-moi d’être perturbĆ©e par la situation ! Ce n’est pas tous les matins qu’un fou furieux m’attend devant mon lieu de travail en me prenant pour un Uber ! Vous voulez un petit bonbon Ć  la menthe, aussi ?
– Respirez, Charlie.
Sa voix se veut apaisante, mais il a toujours une arme, il est toujours habillĆ© tout en noir comme s’il avait prĆ©vu un hold-up, et il a toujours l’intention de m’agresser d’une maniĆØre ou d’une autre. Alors j’avoue, j’ai du mal Ć  calmer mon rythme cardiaque et Ć  me rappeler que si je trĆ©passe suite au manque d’oxygĆØne, je n’aurai pas l’occasion de lui dire Ć  quel point j’aime la vie ! Bien sĆ»r, ĆŖtre Ć  son compte dans une rĆ©gion où le prix du mĆØtre carrĆ© est indĆ©cent suscite des tracas.

Bien sĆ»r, il m’arrive de douter de ma dĆ©cision d’avoir emmĆ©nagĆ© dans le coin pour y vendre mes cupcakes. Bien sĆ»r, mon cĆ©libat me pĆØse et je vois mon entourage se caser alors que je passe le plus clair de mon temps Ć  maintenir mon petit commerce Ć  flot. Mais franchement, Ć©tant sur le point de mourir, tout ce qui me semblait jusqu’alors nĆ©gatif dans mon existence prend des allures de dĆ©fi. Faire fructifier mon entreprise m’a l’air d’être un objectif motivant. Implanter ma marque sur la CĆ“te d’Azur et devenir une rĆ©fĆ©rence en matiĆØre de pĆ¢tisserie est rĆ©alisable en y mettant du mien. DĆ©velopper mes relations sociales pour rencontrer des gens et potentiellement l’amour de ma vie ne m’apparaĆ®t pas aussi contraignant, tout d’un coup.
– Pourquoi vous faites Ƨa ? J’ai toujours Ć©tĆ© gentille avec vous. Je vous compte systĆ©matiquement un cupcake de moins sur la note !
– J’ai remarquĆ© et je vous remercie de cette attention.
– En m’enlevant pour m’assassiner et abandonner mon corps dans une forĆŖt isolĆ©e où un joggeur finira par me retrouver d’ici quelques semaines dans un Ć©tat de dĆ©composition avancĆ©e ? C’est Ƨa votre maniĆØre de me remercier ?
– Mais enfin, d’où sortez-vous toutes ces conneries ?
– Hein ? Vous ĆŖtes sĆ©rieux, Lionel ?
– Je ne suis pas un criminel, Charlotte, je suis flic et je ne m’appelle pas Lionel !

FIN de l'extrait
X
Seconde Chance
Collection Follow Me - Tome 1

Il s'agit d'une réédition, l'histoire est la même, seul le texte a été amélioré.
La sƩrie Follow Me se compose de 3 tomes compagnons, c'est Ơ dire que chaque tome peut se lire indƩpendamment des autres.
Pour une meilleure expƩrience de lecture, il est prƩfƩrable de les lire dans l'ordre, pour garder une totale surprise.

ORDRE DE LECTURE CONSEILLƉ
Follow Me : Seconde Chance (tome 1)
Follow Me : Nouvelle Chance (tome 2)
Follow Me : DerniĆØre Chance (tome 3)
Avant
Ange


Elle a encore mis le live d’Alice in Chains.
Je l’observe Ć©couter. Je pourrais la regarder pendant des heures. Juste elle, la musique et moi.
Elle sourit, les yeux fermĆ©s. Ses cils trop maquillĆ©s reposent sur ses joues comme deux Ć©ventails miniatures. Elle me tient la main dont elle caresse lentement le dos au rythme de la chanson, et pose la tĆŖte sur mon Ć©paule quand les paroles de Nutshell dĆ©marrent. Je voudrais capturer cet instant, car cette perfection pourrait facilement m’échapper. Si Ƨa devait arriver, je prĆ©lĆØverais ce moment pour le conserver en moi. Je l’aimerais Ć  l’en user…
Chacune de ses respirations se calque sur un battement de mon cœur. Ou c’est son souffle qui hypnotise mon cœur ? Je regarde ses lĆØvres entrouvertes d’un lĆ©ger Ć©tirement qui les quitte rarement. DĆØs que je l’ai vue sourire, ce jour-lĆ , j’ai su.
Elle m’attire Ć  elle pour qu’on s’allonge : ce rituel qu’on partage depuis des mois me sort de mes pensĆ©es. Sa main glisse le long de ma jambe, elle effleure l’intĆ©rieur de ma cuisse et je l’embrasse en la faisant basculer sur le dos. Ma langue s’immisce dans son sourire et caresse la sienne en suivant la musique, presque inconsciemment. Un frisson remonte ma colonne, comme chaque fois.

Plus que chaque fois. Avec la certitude que Ƨa y est, je ne peux pas ĆŖtre plus heureux. Au-dessus d’elle, en appui sur les avant-bras, je pose les mains sur ses joues. Pour la garder prĆØs de moi. J’ai trop peur que Ƨa s’arrĆŖte. Il n’est pas une parcelle de mon ĆŖtre qui ne soit en contact avec le sien. Elle ondule le bassin, sa faƧon de me recentrer quand elle croit que je m’éloigne. Je plonge les doigts dans ses cheveux Ć©talĆ©s sur l’oreiller avant de prendre du recul. J’ai besoin de la regarder. J’ai toujours besoin de la regarder.
J’aime la voir dans mon lit.
J’aime qu’elle fasse partie de mon univers.
Je repousse une boucle auburn de son front. Elle ouvre ses grands yeux verts et me sourit tout en dĆ©boutonnant mon jean. Sa main m’entoure me faisant soupirer contre ses lĆØvres. Je dĆ©pose des baisers sur sa tempe, sa joue, le coin de sa bouche… Lorsqu’elle resserre ses doigts sur moi, j’appuie le front contre son Ć©paule, en fermant les paupiĆØres pour mieux savourer les sensations qu’elle me procure.
Elle s’écarte, me dĆ©clenchant un manque irrationnel, se faufile hors du lit et fouille dans son sac de cours. Je l’attends allongĆ© sur le dos, plus amoureux que tout Ć  l’heure, cause perdue. Elle revient et dĆ©pose quelque chose dans ma main. Je regarde, Ć  la fois Ć©tonnĆ© et rassurĆ©.
– T’es sĆ»re ?

Elle hoche la tĆŖte en souriant. Je l’attire plus prĆØs et l’embrasse. On se dĆ©shabille sans un mot, la musique continue de dĆ©verser ses notes dans ma chambre pendant que je prends mon temps.
Elle est mince, fragile, tellement fine qu’elle n’a pas besoin d’enfermer ses seins dans un soutien-gorge. Je sais qu’elle n’en porte jamais, mais je suis systĆ©matiquement surpris. J’effleure lentement sa poitrine, je veux que ce soit parfait pour elle. Je la caresse de mes doigts, mes lĆØvres, ma langue, mon souffle… Je me drogue de sa peau douce.
Je l’aime tellement que Ƨa me fout parfois la trouille.
No Excuses dĆ©marre au moment où elle dĆ©roule maladroitement le prĆ©servatif avec des gestes hĆ©sitants. L’imperfection de ses mouvements intensifie ma certitude d’être prĆ©cisĆ©ment où je le dois. Elle me fixe, me sourit encore, et je prends lentement sa virginitĆ©. TrĆØs lentement. J’en apprĆ©cie chaque seconde tout en m’appliquant Ć  effacer la lĆ©gĆØre crispation sur son visage. J’attends son soupir, celui qui me confirmera qu’elle est en confiance. Je ne prends pas, elle n’offre pas… on partage.
Elle gƩmit. De plaisir, enfin.
Elle place ses mains sur ma nuque et me ramĆØne Ć  elle. Elle m’embrasse et je jouis trop vite, trop fort, puis elle me serre dans ses bras.
Je saisis cet instant pour le ranger avec tous ces fragments d’elle et de nous qui donnent un sens Ć  ma vie.
Sans elle, il me manque un bout de moi…

Neuf ans plus tard
Ange


– Lise ! Voldemort m’a dit que tu avais dĆ» partir en urgence ! Je glisse les Ć©couteurs dans mes oreilles afin de pouvoir discuter avec LoĆÆc tout en travaillant. Oui, je suis une femme polyvalente.
– Je suis dĆ©jĆ  chez Annabelle. Elle a fait une mauvaise chute et s’est cassĆ© le col du fĆ©mur. Je vais l’aider Ć  s’installer, prendre ses marques, tout Ƨa.
– Oh, non… Tu l’embrasses de ma part, OK ?
– Bien sĆ»r.
– Et Ƨa va, toi ?
– Je gĆØre, ne t’en fais pas, je le rassure en levant les yeux au ciel.
– Non, je veux dire… Tu vas sĆ»rement le croiser.
– Je prĆ©fĆØre ne pas y penser.
Presque une dĆ©cennie hors de sa vie, et je suis Ć  quelques pas de peut-ĆŖtre le revoir. Quelles sont les probabilitĆ©s de se croiser ? Compte tenu du fait que ses parents vivent sur le mĆŖme palier qu’Annabelle, elles sont plutĆ“t Ć©levĆ©es. Je n’ai jamais Ć©tĆ© trĆØs douĆ©e en mathĆ©matiques, mais mĆŖme moi je comprends que les statistiques ne jouent pas en ma faveur.
Lorsque j’ai su que je devais retrouver mon amie, ma grand-mĆØre de substitution, j’ai immĆ©diatement pensĆ© Ć  Ange.

J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ƈa ferait un scĆ©nario digne des tĆ©lĆ©films de l’aprĆØs-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part Ć  des centaines de kilomĆØtres, rĆ©alise qu’elle l’aime toujours, passe Ć  cĆ“tĆ© de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. RĆ©sumer ma vie en une phrase est douloureux, mais tellement conforme Ć  la rĆ©alitĆ© que je pourrais sĆ»rement Ć©crire un mauvais guide, Ć  dĆ©faut de faire fortune Ć  la tĆ©lĆ©. Comment piĆ©tiner son propre cœur pour les nuls. On est bien contents que je ne me sois pas lancĆ©e dans une carriĆØre marketing !
– Tu parles de lui tous les jours depuis qu’on se connaĆ®t, et lĆ , tu vas rĆ©ussir Ć  ne pas y penser ?
J’ignore le sarcasme de LoĆÆc. Il est en train d’anĆ©antir mon plan pourtant parfait qui consistait Ć  faire l’autruche, alors je le contre avec une dĆ©termination totalement feinte :
– Il ne vit plus chez ses parents, il y a donc peu de risques qu’on se voit.
– Oui, mais si Ƨa arrive, tu m’appelles immĆ©diatement !
– Pourquoi ?
– Je peux gĆ©rer tes crises de panique Ć  distance, rĆ©plique-t-il comme si j’étais demeurĆ©e.
– TrĆØs drĆ“le.
– Tu as besoin que je reprenne un de tes articles ? Quelque chose ? Dis-moi ce que je peux faire.

– Non, merci, Ƨa ira, je suis en tĆ©lĆ©travail.
Ma phrase Ć  peine terminĆ©e, j’entends Annabelle appeler.
– Je dois te laisser ! Sois sage, je te fais signe demain.
Je raccroche et sauvegarde mon travail avant d’aller retrouver ma plus vieille amie. Vieille parce qu’on se connaĆ®t depuis toujours, ou presque. Et puis bon, vieille aussi, car elle accuse 83 printemps. J’essaie de ne pas montrer mon inquiĆ©tude de la voir toute frĆŖle dans ce grand lit mĆ©dicalisĆ© au milieu de sa chambre si Ć©lĆ©gante.
– Ah, Mademoiselle, pourriez-vous tourner le verrou, s’il vous plaĆ®t ? Mon amie va me rendre visite et j’ai peur qu’elle ne puisse pas entrer, elle ne possĆØde que la clef du bas, vous comprenez.
– Quelle amie ?
– Lise, elle revient dans le Sud exprĆØs pour moi, elle est adorable… Je ne sais pas ce que je ferais sans elle.
Il me faut quelques secondes pour rĆ©aliser qu’Annabelle ne plaisante pas et parle de moi, sans avoir conscience de ma prĆ©sence dans la piĆØce. Enfin si, elle sait que quelqu’un est avec elle, sauf que…
– Annabelle, je suis dĆ©jĆ  lĆ , je murmure pour contrĆ“ler le tremblement de ma voix. Ses yeux semblent faire le point, comme si elle Ć©tait partie dans ses pensĆ©es et qu’elle revenait dans le prĆ©sent. Elle pose le regard partout, exceptĆ© sur moi, je m’approche pour la rassurer.
– Tout va bien, je suis lĆ  et l’infirmier va bientĆ“t arriver.

– Le verrou…
Elle bredouille en s’agitant. Je ne l’ai jamais vue dans cet Ć©tat.
– Je vais l’ouvrir, rassure-toi.
– Lise doit venir et… je…
– Je suis Lise, tu te souviens ? Je suis arrivĆ©e hier et on est rentrĆ©es tout Ć  l’heure de l’hĆ“pital. L’infirmier va venir vĆ©rifier tes pansements, d’accord ?
Elle hoche la tĆŖte, toujours confuse. Au moins autant que moi, mĆŖme si j’essaie d’avoir l’air confiante pour ne pas l’affoler plus.
– Il faut ouvrir le verrou, Lise pourrait repartir en pensant qu’il n’y a personne, elle n’a pas la clef du haut…
– Je m’en occupe, ne t’inquiĆØte pas.
Je lui tapote la main et m’échappe un instant de l’appartement, sur le palier. Je referme sans bruit pour qu’elle ne m’entende pas, puis m’adosse au mur en appuyant un poing sur ma bouche. Je sens les larmes rouler sur mes joues avant que le premier sanglot se manifeste.
Elle ne m’a pas reconnue.
Elle ne sait pas qui je suis.
Une boule dans la gorge m’empĆŖche de respirer correctement. Je sais que je ne dois pas me laisser aller, mais elle ne m’a pas reconnue ! On se frĆ©quente depuis mes 14 ans et elle n’a aucune idĆ©e de mon identitĆ© ! Je ferme les yeux pour retenir mes larmes plus facilement. Une grande respiration, et je me maĆ®trise Ć  peu prĆØs. Quand j’estime ĆŖtre calmĆ©e, je me redresse et l’aperƧois.

FIN de l'extrait
X
Eliza Knox

Veuillez rendre l'Ć¢me

Chapitre 1

Un vampire, une goule et un humain.
Ƈa pourrait ĆŖtre le dĆ©but d’une blague de mauvais goĆ»t. C’est surtout l’histoire de ma vie et l’une des nombreuses missions d’une faucheuse. Pas de bol, c’est officiellement mon job. Et de maniĆØre plus globale, je suis damnĆ©e. LittĆ©ralement, ce n’est pas qu’une faƧon de parler. Mon devoir implique donc Ć©galement de me prĆ©occuper de ce type d’imprĆ©vus.
ƀ l’angle du centre commercial de Westlake, derriĆØre les chariots, deux raisons de ne pas passer mon chemin se partagent le corps sans vie d’un ĆŖtre plus tout Ć  fait humain, pas encore devenu l’un des leurs. Ces crĆ©atures n’hĆ©sitent pas Ć  s’allier pour ripailler, puis s’ignorent cordialement le reste du temps. Si au moins elles s’entretuaient et nous mĆ¢chaient le travail… au lieu de mastiquer un pauvre type. Ma dague bien en main, j’évalue mes options lorsque je sens une nouvelle prĆ©sence Ć  mes cĆ“tĆ©s. Fantastique. Tout ce qui manquait Ć  mon dĆ©but de soirĆ©e Ć©tait un ange. Je jette un rapide coup d’œil dans sa direction et constate qu’elle n’en a pas aprĆØs moi. Grande et Ć©lancĆ©e, ses cheveux noirs sont coupĆ©s court, au niveau de ses oreilles, et j’ai la vague impression d’être face Ć  la version en chair et en os d’Olive, la femme de Popeye.

Le fait qu’elle ne me manifeste pas d’hostilitĆ© est assez louche pour me pousser Ć  m’éloigner de cette fille, tout en focalisant mon attention sur les deux crĆ©atures aux visages couverts de sang. Et de bouts de cervelle. Miam. Rien de tel pour terminer une journĆ©e de travail que de se frotter Ć  des fluides et matiĆØres corporels.
Normalement, ce n’est pas mon boulot de botter le cul des dĆ©gĆ©nĆ©rĆ©s tels que les goules et autres vampires. Il y a des damnĆ©s dont c’est l’occupation principale. Comme j’ai une chance phĆ©nomĆ©nale et que je n’ai pas encore atteint mon quota de catastrophes du jour, je suis tombĆ©e sur cette sympathique scĆØne en rejoignant la porte de l’Enfer. Quand on trĆ©buche sur une orgie pseudo-cannibale, il y a seulement deux faƧons de rĆ©agir : soit on se joint Ć  la fĆŖte, soit on l’interrompt. N’étant pas trĆØs penchĆ©e sur le sang, la chair humaine et la substance cĆ©rĆ©brale en guise de dĆ®ner, la dĆ©cision a rapidement Ć©tĆ© prise et j’en Ć©tais donc Ć  dĆ©terminer qui des demeurĆ©s j’allais tuer en premier quand l’ange s’est ajoutĆ©e Ć  l’équation.
TroisiĆØme option, maintenant qu’Olive est lĆ  : je me tire ? Ou je l’aide ? ƀ en juger par les picotements dans mes muscles, mon corps rĆ©clame cette dose d’adrĆ©naline. OK, je reste.

Je fais craquer les os de mes doigts, plus pour attirer l’attention de mes adversaires que par nĆ©cessitĆ©. Parfait : la goule lĆ¢che son steak et avance vers moi. Son air ahuri m’indique qu’elle pense trĆØs fort Ā« viande fraĆ®che Ā». Je raffermis la prise de l’arme dans mon poing sans qu’elle ne se prĆ©occupe de ce dĆ©tail. C’est l’avantage avec les abominations dont l’unique objectif est de manger : Ć  leurs yeux, je suis un gros hamburger, ce qui me garantit toujours l’effet de surprise. Le vĆ©ritable danger dans ces situations est liĆ© au nombre d’adversaires qu’on doit affronter Ć  la fois. Et au fait qu’une faucheuse aussi expĆ©rimentĆ©e que moi peut ĆŖtre blessĆ©e. En particulier sur Terre. J’entends la voix de mon mentor qui me dirait : Ā« Tu aurais dĆ» t’éclipser et laisser l’ange gĆ©rer le problĆØme, Eliza. Ā» Sauf que je ne suis pas du genre Ć  tourner le dos Ć  mes responsabilitĆ©s. Peu importe si, finalement, j’aurais Ć©tĆ© dans mon droit de me barrer : que nous venions du Paradis ou de l’Enfer, maintenir l’équilibre est notre prioritĆ©. Ces bestioles le menacent. En plus, j’aime trop me battre pour refuser cet exercice imprĆ©vu.
Lorsque la goule fonce sur moi, je pivote de profil, tends le bras gauche qui s’écrase sur sa gorge et en profite pour planter la lame de mon arme prĆ©fĆ©rĆ©e dans l’œil de ma victime.

Elle recule sous les diffĆ©rents chocs simultanĆ©s, me donnant l’opportunitĆ© de saisir la hache de guerre Ć  ma ceinture puis de la dĆ©capiter. Il me faut seulement trois coups, dont chaque impact vibre jusque dans mon Ć©paule, pour atteindre mon objectif. Je maĆ®trise parfaitement ce geste qui est enseignĆ© Ć  tous les damnĆ©s ; le rĆ©sultat est aussi propre que possible, considĆ©rant le contexte. Disons que si la chair naturellement en dĆ©composition de cette espĆØce me facilite le travail, Ƨa n’empĆŖche pas les dommages collatĆ©raux. ƀ savoir les Ć©claboussures aux sons glamours se superposant Ć  ceux de la lame tranchant l’épiderme. Je me retourne Ć  temps pour dĆ©couvrir l’ange en train d’achever de la mĆŖme faƧon l’humain contaminĆ©. Oui, cette technique fait aussi partie de l’entraĆ®nement des ĆŖtres cĆ©lestes. Nous avons quelques points communs, peu nombreux, Lucifer soit louĆ©.
DĆ©cidĆ©e Ć  lui laisser la tĆ¢che de brĆ»ler les restes afin d’éliminer toute possibilitĆ© de rĆ©gĆ©nĆ©ration –ainsi que d’épidĆ©mie–, je reprends mon chemin au moment où le vampire plonge les crocs dans l’épaule de la guerriĆØre. Il parvient Ć  l’entourer de ses bras et Ć  la maintenir contre lui, malgrĆ© les mouvements frĆ©nĆ©tiques de celle-ci. Un soupir plus tard, je me rĆ©signe Ć  faire demi-tour et envoie une Ć©toile shuriken sur la sangsue.

Je n’ai aucune illusion sur l’effet que cette attaque aura : le but est de crĆ©er une diversion, pas de la blesser. Encore une fois, l’absence d’intelligence de cette race joue en ma faveur et elle lĆ¢che Olive pour s’intĆ©resser Ć  moi.
Viens par ici, Edward…
Le manche de ma hache fermement enserrĆ© au creux de la paume, j’ancre mes Rangers dans le sol et attends que le vampire soit assez prĆØs pour lancer le bras en avant tout en effectuant un tour sur moi-mĆŖme. Spectaculaire et efficace, en toute modestie, mon attaque fait mouche et sa tĆŖte se dĆ©tache presque totalement du buste. J’ajoute un coup de pied sautĆ© avant qu’il ne tombe et termine ainsi la dĆ©capitation.
Pendant que j’époussette une phalange Ć©garĆ©e de mon pantalon de treillis noir, je discerne les passants qui marchent non loin de nous. Ils s’éloignent instinctivement du carnage sans avoir la moindre idĆ©e de notre prĆ©sence et de ce qui vient de se produire en plein centre-ville de San Francisco. C’est l’avantage d’être invisibles Ć  leurs yeux. Je me redresse et avise la scĆØne. Ayant accompli bien plus que mon devoir, j’essuie les lames de mes armes sur les vĆŖtements des corps sans tĆŖte. Je lance Ć  l’ange sans lui accorder un regard :
– BrĆ»le-les.

Je repars enfin, dĆ©terminĆ©e Ć  effectuer ma livraison d’âmes Ć  Lucifer pour m’octroyer ensuite quelques heures de repos. Chez moi m’attend une baignoire qui ne demande qu’à ĆŖtre remplie et m’accueillir jusqu’à ce que mes muscles se dĆ©tendent.
Je rĆ©cupĆØre ma moto exactement où je l’ai laissĆ©e, les clefs sur le contact. Comme pour tout ce qui concerne les damnĆ©s sur Terre, personne ne voit mon Aprilia RSV4 Factory. BenoĆ®t, le nĆ©cromancien que j’embauche en cas de besoin, a lĆ¢chĆ© quelques sorts. Ƈa m’évite de prĆŖter attention où me garer et de m’encombrer du trousseau : aucun damnĆ© ne me la volerait, aucun cĆ©leste n’oserait y toucher, aucun humain n’a conscience de son existence. J’enfourche ma sportive noire et mets mon casque. Je ne peux pas mourir d’un accident, me blesser n’est toutefois pas exclus, et salement. Inutile de tenter le diable. Ah ! Je suis hilarante. Je dĆ©marre la machine et la sensation de vitesse est dĆ©jĆ  lĆ  avant que je ne bouge. Tout est toujours dans l’anticipation. Un mouvement souple du poignet droit, et me voilĆ  Ć  slalomer parmi les voitures afin de rejoindre Castro Street. Je me gare devant la faƧade arborant le drapeau LGBT arc-en-ciel. Pour les passant, c’est une fresque colorĆ©e comme on en voit partout dans ce quartier.

Pour les damnĆ©s, c’est ici que Lucifer a situĆ© le passage entre San Francisco et l’Enfer. Mon roi aime les symboles et milite pour la libertĆ© sexuelle qu’il pratique assidĆ»ment.
J’aurais pu m’y transposer, j’adore cependant les sensations que me procurent mes trajets sur deux roues. Encore un dĆ©tail qui me diffĆ©rencie de mes semblables pas si semblables. Ils optent tous, dĆØs que possible, pour le mode de transport visant Ć  transposer son ĆŖtre d’un lieu Ć  l’autre, en pensant simplement Ć  l’endroit où on souhaite se rendre. Moi, j’apprĆ©cie les plaisirs basiques comme la vitesse et le danger maĆ®trisĆ©s.
Je franchis la porte sans incident (Ƨa nous change) et dĆ©couvre William qui m’accueille de l’autre cĆ“tĆ©. Mon ami et mentor, fidĆØle au rendez-vous, sans surprise. Je connais la raison de sa prĆ©sence. Il a senti que j’arrivais et, comme rĆ©guliĆØrement depuis que je ne vis plus en Enfer, il est lĆ  pour me convaincre de changer d’avis. Ƈa fait des mois que j’ai Ć©lu rĆ©sidence sur Terre, il est tenace. Presque autant que moi.
– Si tu te dĆ©cidais Ć  revenir vivre ici…
– Bonjour Ć  toi aussi, Will.

Je ne m’arrĆŖte pas, connaissant le couplet qu’il va me servir. Nous savons tous les deux que c’est peine perdue. Car en Enfer, il est de bon ton de s’adonner aux sept pĆ©chĆ©s capitaux, ainsi qu’à tous les autres, mineurs. Ne pas suivre cette tendance est une hĆ©rĆ©sie, une insulte aux princes les reprĆ©sentant. Or, je ne trouve aucun attrait Ć  ces pratiques.
Rien ne m’oblige Ć  demeurer sur Terre. L’Enfer m’offrirait d’ailleurs un confort de vie incomparable et n’importe qui n’hĆ©siterait pas un instant. Entre la Terre et ses inconvĆ©nients face Ć  l’Enfer et son luxe, le choix est Ć©vident. Pour tous les autres. Pour moi, il est contre-nature : c’est bien lĆ  le problĆØme et la raison du harcĆØlement que je subis quotidiennement de la part de mon mentor.
En vivant parmi les miens, les damnĆ©s de plus bas niveau seraient Ć  mon service et je rĆ©cupĆ©rerais mon Ć©nergie en deux fois moins de temps. Je serais Ć©galement plus au centre de l’attention et donnerais le bĆ¢ton pour me faire battre. Si William se fiche de mes habitudes, elles n’ont pas Ć©chappĆ© aux ennemis que je suis parvenue Ć  me faire, malgrĆ© moi, au fil des ans. Trois siĆØcles et demi aprĆØs, il est difficile de constamment dissimuler son mode de vie. Aujourd’hui, j’ai perdu l’espoir de passer inaperƧue. En revanche, je ne souhaite pas pour autant devenir la cible des extrĆ©mistes.

C’est une perte de temps de se dĆ©fendre et d’esquiver leurs manigances. J’aspire Ć  une tranquillitĆ© que l’Enfer ne peut plus m’offrir en tant que foyer.
Je ne suis pas naĆÆve : si j’étais moins douĆ©e dans les missions qui me sont assignĆ©es, aucune dolĆ©ance n’aurait Ć©tĆ© entendue suite aux plaintes de ce Ku Klux Klan version infernale. On change le cadre, on garde les imbĆ©ciles : sur Terre ou ici, il ne fait pas bon ĆŖtre diffĆ©rent. Ce qui me sauve la mise et me privilĆ©gie sur le choix de mon lieu de vie est que je suis l’une des meilleures faucheuses et une combattante encore plus prĆ©cieuse.
Le compromis que Lucifer m’a proposĆ© en contrarie plus d’un. Les termes stipulent que je peux vivre sur Terre en effectuant mon travail avec autant d’excellence que j’en suis capable. Et surtout : ne pas faire de vagues. En ces temps de pĆ©nurie d’âmes, se passer d’un Ć©lĆ©ment efficace tel que moi serait stupide. Le roi de l’Enfer a beaucoup de dĆ©fauts qu’il cultive avec attention, la bĆŖtise n’en fait toutefois pas partie. Je bĆ©nĆ©ficie d’un traitement de faveur qui a pour but de maintenir la moyenne de rĆ©colte d’âmes au maximum. Tant que je suis au top, Lucifer ne reviendra pas sur cet arrangement. Toujours est-il que son intĆ©rĆŖt pour ma petite personne jette de l’huile sur le feu de ma rĆ©putation parmi les damnĆ©s.

Je n’irais pas jusqu’à prĆ©tendre que je suis sa chouchou, mais sa protĆ©gĆ©e, oui. Il ne m’a jamais dit pourquoi il veillait sur moi, j’ai pourtant rapidement compris que mes qualitĆ©s de faucheuse en Ć©taient la raison. Si je suis bien plus tranquille sur Terre, William dĆ©plore cependant la distance que mon nouveau domicile instaure entre nous. Je ne lui ai pas demandĆ© de me suivre, Ƨa aurait Ć©tĆ© une insulte. Il mĆ©rite de rester parmi l’élite, il est plus expĆ©rimentĆ© que moi et vit selon les sept pĆ©chĆ©s. Si la solitude m’a d’abord pesĆ© dans l’appartement que j’occupe Ć  prĆ©sent, je la chĆ©ris autant que les instants partagĆ©s avec mon mentor, rares, mais significatifs.
– Tu pues l’ange.
Bien sĆ»r, quand il m’abreuve de mots tendres, je suis un peu moins fan de sa compagnie. Will me suit jusqu’au palais dont l’architecture copie le chĆ¢teau de Versailles. Le roi ne fait rien Ć  moitiĆ© et remodĆØle sa demeure selon ses humeurs. En ce moment, il a une prĆ©fĆ©rence pour l’emblĆ©matique palais des souverains de France. Oui, il est mĆ©galo et le vit bien. Le soleil couchant confĆØre au paysage une ambiance noble et poĆ©tique en totale inadĆ©quation avec ce qui se dĆ©roule derriĆØre les nombreuses fenĆŖtres des faƧades. La mĆ©galomanie s’accompagne rarement de raffinement.

J’entre sans rĆ©pondre Ć  Will. Il ne fait pas d’autre commentaire et attend que je livre les Ć¢mes rĆ©coltĆ©es durant ces derniĆØres vingt-quatre heures. Ce que je fais sans rĆ©flĆ©chir, les gestes rĆ©pĆ©tĆ©s depuis des siĆØcles sont devenus automatiques. Je rĆ©cupĆØre mon planning auprĆØs du secrĆ©taire psychorigide de Lucifer qui relĆØve Ć  peine la tĆŖte en me tendant la feuille où figurent les heures et lieux de rĆ©coltes. Je fais encore partie de l’équipe de jour, pour l’instant.
Une fois que je me suis acquittĆ©e de ce qui Ć©quivaut Ć  pointer aprĆØs une journĆ©e de travail, je ressors : William est toujours lĆ . Il me raccompagne en silence. Je l’apprĆ©cie trop pour le quitter ce soir sans avoir un mot agrĆ©able envers lui, aussi je m’immobilise et attends qu’il s’aperƧoive de mon arrĆŖt.
Les rues de l’Enfer s’accordent avec le palais, on ne peut pas reprocher Ć  Lucifer son manque de goĆ»t pour le dĆ©corum. Tout est immaculĆ©, les fontaines procurent aux damnĆ©s une bande-son cristalline et, si je ne connaissais pas les lieux, je croirais ĆŖtre… Non, pas au Paradis. Je ne blasphĆ©merai pas ici, y compris en pensĆ©es. Disons simplement que l’habit ne fait pas le moine. Merde, j’ai blasphĆ©mĆ© malgrĆ© tout ! Une chance que ce soit juste mentalement.
– Tu me manques aussi, Will, je murmure quand il se poste face Ć  moi, les bras croisĆ©s.

– Je n’ai pas dit que… tu me gonfles, Eliza.
Un sourire Ć©tire mes lĆØvres. En rĆ©agissant ainsi, je prends le risque de le vexer et de dĆ©marrer une guerre du silence qu’aucun de nous ne sera enclin Ć  rompre. Il n’aime pas parler de ce qu’il ressent, Ć©galement me concernant. Nous disputer Ć©tait un rituel de notre vie commune auquel j’étais habituĆ©e. Aujourd’hui, je prĆ©fĆØre profiter de ces instants auprĆØs de lui autrement qu’en nous provoquant mutuellement.
– J’aimais ĆŖtre ta coloc, mais ce n’était vraiment plus possible. Et tu le sais.
– Non, je ne le sais pas.
Mon mentor, comme tous les faucheurs, a 27 ans pour l’éternitĆ©. En apparence. En rĆ©alitĆ©, il ne m’a jamais donnĆ© son Ć¢ge. Pour avoir entendu BĆ©lial en parler un jour, je sais qu’il est proche du millĆ©naire. ƀ le voir, en revanche, on penserait qu’il a 5 ans et fait un caprice. Il n’a pourtant rien d’un gamin, bien sĆ»r. Grand, mince et Ć©lancĆ©, ses cheveux bruns sont coupĆ©s court et encadrent un visage dĆ©licat aux traits aristocratiques. En temps normal, il affiche une expression impassible et est connu pour son self-control. Avec moi, ses sourcils sont souvent froncĆ©s, ses lĆØvres fines pincĆ©es et ses yeux noisette virent au noir.

J’aimerais dire qu’il s’agit d’un de mes super pouvoirs, je ne fais cependant rien pour obtenir cette rĆ©action de sa part. Ce doit ĆŖtre un don, du coup.
Il m’a formĆ©e Ć  mon arrivĆ©e en Enfer et a pris dans ma vie la place que mon pĆØre n’a jamais occupĆ©e durant mon existence humaine. Notre relation est d’ailleurs une des raisons principales Ć  ma mise Ć  l’index : nous sommes liĆ©s par l’affection qu’un parent porte Ć  son enfant et n’avons pas couchĆ© ensemble. Au grand dĆ©sespoir des dĆ©fenseurs du pĆ©chĆ© de luxure qui sont sĆ»rement les plus virulents parmi mes dĆ©tracteurs.
Les damnĆ©s ont conservĆ© ce trait de leur humanitĆ© qui consiste Ć  craindre ce qu’on ne comprend pas. Pour eux, je suis une Ć©nigme et je perturbe donc l’ordre Ć©tabli ici-bas. J’ai du mal Ć  leur en vouloir ; je ne saisis pas non plus ce dĆ©calage avec eux. MĆŖme si je suis toujours l’une des leurs, mĆŖme si j’accomplis des missions similaires aux leurs, mĆŖme s’ils sont contraints de me croiser… chacun trouve son compte Ć  mon absence. S’ils ne sont pas tĆ©moins des prĆ©fĆ©rences de Lucifer envers moi, Ƨa me donne des points bonus de tranquillitĆ©.

J’aimerais dire que Ƨa ne me dĆ©range pas, ce serait faux car j’aurais tellement voulu m’intĆ©grer et ne pas ĆŖtre la paria, ici aussi. Ma vie sur Terre m’aura appris Ć  subir les mises Ć  l’écart qu’une femme sachant penser seule subissait au XVII° siĆØcle. La suite est assez similaire, bien que les raisons diffĆØrent.
– Tu es le bienvenu, n’importe quand. Mais je ne peux pas revenir.
William crispe les mĆ¢choires et son air contrariĆ© s’accentue. Il s’approche et me demande, sans desserrer les dents :
– Tu as tout ce qu’il te faut ?
– Oui, et si j’ai besoin de quelque chose, tu seras le premier informĆ©.
Il hoche la tĆŖte et s’éloigne d’un pas avant de me tourner le dos et de repartir vers le palais. Il s’y est installĆ© aprĆØs mon dĆ©mĆ©nagement, me confortant dans mon choix. Il y est Ć  sa place, j’étais un frein pour lui, ici.
Je traverse le portail dans l’autre sens et me retrouve Ć  nouveau Ć  San Francisco.

N’étant plus rĆ©sidente permanente de l’Enfer, cette ville est devenue ma zone de travail. Il y a assez Ć  faire et c’est plus logique que passer mon temps Ć  parcourir le globe. Il me faut rouler dix minutes pour arriver sur Diamond Street. Le cafĆ© Linestrider au-dessus duquel je vis est animĆ©. Si j’aime l’atmosphĆØre de ce quartier, j’apprĆ©cie encore plus la sĆ©rĆ©nitĆ© que mon appartement m’offre. Je gare ma RSV4 sur ma place de parking toujours libre : l’avantage d’embaucher un nĆ©cromancien. Je n’ai aucune idĆ©e du type d’incantation utilisĆ©e pour que les humains n’aient pas conscience de cet emplacement ni de l’existence de mon appartement. Ƈa semble efficace et me permet d’avoir un lieu sĆ»r où je me sens dĆ©connectĆ©e de tout le reste. C’est pourquoi je suis immĆ©diatement sur mes gardes quand je pose le pied sur la premiĆØre marche menant Ć  l’étage.
Il y a un ange sur mon palier.

FIN de l'extrait
X
On comptera les Ʃtoiles
Prologue


11 mois plus tƓt

– Tu l’as tuĆ©e.
Il cligne des yeux. La musique diffusĆ©e dans les haut-parleurs est forte, peut-ĆŖtre ne m’a-t-il pas entendue par-dessus la chanson, alors je reprends, en Ć©levant la voix :
– Elle est morte Ć  cause de toi !

Chapitre 1
Lia


La rentrĆ©e a eu lieu la semaine derniĆØre et j’ai enfin la version dĆ©finitive de mon emploi du temps dans les mains. J’avance dans le couloir jusqu’à la salle de cours tout en le relisant et peste :
– C’est encore Robert qui s’est chargĆ© des plannings…
– Robert ?
Je sursaute et me retourne. Je pensais ĆŖtre seule devant la porte de la classe et je me parlais Ć  moi-mĆŖme, comme souvent. Sauf que d’habitude, je suis vraiment seule. En tout cas je crois l’être. Je ne sais pas qui est l’élĆØve qui m’a surprise Ć  rĆ¢ler, et mĆŖme s’il Ć©tait dans ma classe, je ne serais pas capable de l’identifier. Je ne connais encore personne, ici, mais je suis presque sĆ»re que nous n’avons aucun cours en commun. Comme il me fixe en ayant l’air d’attendre une rĆ©ponse, je finis par lui dire :
– Oui, Robert.
– Celui qui fait les emplois du temps s’appelle Robert ?
– Aucune idĆ©e.
– Mais tu viens de parler d’un certain Robert, non ?
– Il faut bien que le responsable de Ƨa, je rĆ©plique en agitant ma feuille, ait un nom. C’est beaucoup plus facile de s’énerver contre quelqu’un dont on connaĆ®t le prĆ©nom. Sinon, Ƨa donnerait Ā« C’est encore monsieur X qui s’est chargĆ© des plannings Ā» et reconnais que Ƨa a tout de suite moins de cachet.

– C’est sĆ»r, mais pourquoi Ā« Robert Ā» ?
Pourquoi est-ce que je continue de m’exprimer, surtout ? Il me fixe sans ciller, trĆØs sĆ©rieusement. Je me retiens de grimacer et reprends en abaissant les Ć©paules :
– Tu t’appelles Robert, c’est Ƨa ?
– Oui.
Quelles Ć©taient les probabilitĆ©s pour que la seule personne qui m’entende soit un Robert ? Qui porte encore ce prĆ©nom, de nos jours, en plus ? Celui qui est en face de moi n’a pas du tout une tĆŖte Ć  s’appeler Robert. Simon, peut-ĆŖtre. Ou Benjamin, Ć  la rigueur. Mais Robert, non. Je n’imagine pas du tout un Robert avec des cheveux bouclĆ©s, bruns, et jusqu’aux Ć©paules. Ni avec des lĆØvres charnues comme les siennes, Ƨa ne colle pas. Robert n’aurait pas de grands yeux bruns et ce visage d’ange.
– Peut-ĆŖtre qu’on devrait te rebaptiser, je lĆ¢che sans rĆ©flĆ©chir.
– CarrĆ©ment ?
– Oui, ce serait mieux pour toi. Robert est Ć  l’origine de toutes les idĆ©es les plus pourries, c’est trop dur Ć  porter.
– Comme celle de la rĆ©partition de nos heures de cours ?
– Oui. Ou les ouvertures faciles.
– Je vois.
Le petit sourire en coin qu’il affiche m’encourage Ć  continuer.

– Les horaires de la Poste, aussi, c’est un coup de Robert, je poursuis alors qu’une petite voix dans ma tĆŖte me conseille de la boucler. – Les chaussettes dans les sandales, c’est lui aussi ?
– SĆ»rement, je ne vois pas qui d’autre.
Il croise les bras et lĆØve un sourcil. Il me dĆ©passe d’une quinzaine de centimĆØtres, environ. ƀ peu prĆØs, je n’ai jamais eu le compas dans l’œil, mais il est plus grand que moi.
– Du coup, on pourrait t’appeler autrement, parce que c’est dur Ć  porter comme hĆ©ritage, Robert.
– C’est sĆ»r..
– Rassure-moi, dis-moi que tu te fous de moi et que tu ne t’appelles pas Robert.
– Je m’appelle Samuel.
J’en Ć©tais sĆ»re ! Non, je l’ignorais, mais je l’espĆ©rais. Parce que Ƨa aurait Ć©tĆ© vraiment nul comme premier contact avec un Ć©lĆØve de mon nouveau lycĆ©e si j’avais dĆ©marrĆ© en insultant son nom.
– C’est moche Ƨa, Samuel, trĆØs moche !
– Tu es en train de me dire que mon prĆ©nom est moche ?
– Non ! Mais me faire croire que tu t’appelles Robert, Ƨa, c’est moche.
– Avoue que c’était assez tentant.
– Jamais. J’ai pour principe de ne jamais rien admettre.

Il sourit plus franchement. Je regarde machinalement autour de nous, il n’y a personne. C’est plutĆ“t logique puisque les Ć©lĆØves sont soit en classe soit rentrĆ©s chez eux. Seuls les latinistes dans mon cas ont deux heures de permanence au beau milieu de l’aprĆØs-midi. Et Samuel, visiblement.
J’en profite pour l’observer Ć  nouveau, puisqu’il en fait autant de son cĆ“tĆ©. Son menton est fin et j’y distingue une petite fossette au milieu. Je prĆŖte toujours attention Ć  ce genre de dĆ©tails, surtout que j’ai lu quelque part que c’est gĆ©nĆ©tique. Depuis, Ƨa m’intrigue. J’imagine que son pĆØre ou sa mĆØre a la mĆŖme. Je descends le regard un peu plus bas et dĆ©couvre un t-shirt sur lequel on peut voir un T-Rex qui ne parvient pas Ć  tenir le guidon du minuscule vĆ©lo sur lequel il est assis. Comme pour me permettre de mieux voir ce qui est inscrit sous l’illustration, il dĆ©croise les bras et je lis : Ā« No, you can’t. Ā» Je ris franchement et reporte mon attention sur son visage. Il ne s’est Ć©coulĆ© que quelques secondes, mais ce sont des secondes embarrassantes car ni lui ni moi ne parlons. Il faut que je trouve quelque chose Ć  dire puisqu’il n’a pas l’intention de continuer son chemin. Ce qui m’arrangerait, bien sĆ»r. Parce que je sens que si je parle, je vais encore dire n’importe quoi et qu’il se moquera de moi.
Alors je le détaille un peu plus, je ne suis pas à ça près, et je remarque son jean ajusté. Très ajusté. Voilà un sujet de conversation :
– Si tu veux des enfants un jour, tu devrais faire attention aux fringues trop moulantes.

Je remonte les yeux d’un coup. Non seulement je le mate, mais en plus je lui parle de sa fertilitĆ© comme si nous Ć©tions intimes. Je savais que j’aurais mieux fait d’attendre qu’il prenne la parole. Il aurait fini par craquer. Pourtant, si j’en juge par son air dĆ©tendu et satisfait, quelque chose me dit que je l’amuse. Il garde toujours le silence sans cesser de me dĆ©visager, Ƨa commence Ć  devenir un peu bizarre. Je replace machinalement une pince dans mes cheveux et dĆ©tourne les yeux en murmurant :
– Je viens de te mater.
Verbaliser mes pensĆ©es m’aide Ć  apaiser ma conscience. Mais le bĆ©nĆ©fice ne va pas beaucoup plus loin, alors n’ayant aucun instinct de prĆ©servation, je continue : – Je devrais te prĆ©senter des excuses pour t’avoir objectifiĆ©.
– Tu devrais, oui.
Enfin il s’exprime au lieu de me laisser m’enliser dans mon embarras. Je rĆ©plique aussitĆ“t :
– Mais je crois que tu as aimĆ© Ƨa.
– Je n’oserais pas.
– Tu te moques encore de moi.
– C’est possible. Samuel Marquez, ajoute-t-il en me tendant la main.
– Je sais, tu viens de me le dire, je lui rappelle.
– Oui, et donc, c’est ton tour.
– Mon tour de quoi ?

– Ɣte-moi d’un doute : c’est juste moi ou cette conversation est surrĆ©aliste ?
– Au dĆ©part, je me parlais Ć  moi-mĆŖme. Si tu t’incrustes dans un monologue, ne t’étonne pas que Ƨa t’échappe.
– Ceci explique cela ?
– Tu attends le cours de latin ? je lui demande enfin.
– Non, j’allais au distributeur quand je t’ai entendue marmonner. Si tu lĆ¢ches ma main, on peut s’y rendre ensemble et je t’offre un cafĆ©.
Je desserre subitement les doigts, n’ayant pas rĆ©alisĆ© que je le retenais en otage.
– Le cafĆ©, c’est pour te faire pardonner ? je l’interroge pour changer de sujet.
– Me faire pardonner de quoi ?
– Exactement.
Il secoue la tĆŖte en souriant et murmure :
– SurrĆ©aliste… Alors ?
– Je ne bois pas de cafĆ©.
– Chocolat ?
– Il fait encore trop chaud. Le meilleur moment pour boire une tasse de chocolat, c’est quand l’automne arrive. Aux premiĆØres pluies, tu te blottis sous un plaid avec un livre et un mug de chocolat.

Il continue de me scruter en silence.
– Je parle trop, c’est Ƨa ?
– Un peu, mais Ƨa ne me dĆ©range pas.
– C’est cyclothymique.
– De quoi ?
J’aime les mots compliquĆ©s et j’aime les utiliser dans des conversations banales. Mon challenge personnel est de rĆ©guliĆØrement caser des ovnis comme Ƨa. Mon plaisir est qu’on me demande de les expliquer, mais Ƨa arrive rarement. Souvent, les gens font semblant de comprendre parce qu’ils ont peur d’avoir l’air stupides. Alors qu’il n’y a aucune honte Ć  essayer d’élargir ses connaissances en posant des questions. Du coup, Samuel est quelqu’un qui m’est tout de suite sympathique. Il n’a pas essayĆ© de faire semblant.
– Cyclothymique. C’est joli, non ? Dans l’exemple que je citais, ma tendance Ć  ne pas me taire, Ƨa signifie que j’ai des pĆ©riodes où je parle presque en continu au point de parvenir Ć  m’auto-souler. Et d’autres où je n’ai rien Ć  dire. Tu vois, c’est par cycle. Cycle, cyclo… tout Ƨa.
– Pendant tes moments de silences, en fait, tu rĆ©flĆ©chis Ć  tout ce que tu vas dire quand tu auras Ć  nouveau envie de parler ?
– Oui ! C’est tout Ć  fait Ƨa ! Toi aussi ?
– Non, mais c’est logique. Et oui, c’est un joli mot. Tu fais partie du CDMO ?

ƀ mon tour d’avoir l’air perdue. Il n’attend pas que je le lui demande, et Ć©claire ma lanterne avec autant d’enthousiasme que moi :
– Le ComitĆ© de DĆ©fense des Mots OubliĆ©s.
– Oh, bien trouvĆ©. Mais je crois que ce comitĆ© n’existe pas.
– Tu pourrais le crĆ©er.
– Tu en ferais partie ?
– Oui, je serais membre honorifique puisque j’ai inventĆ© le nom.
– D’accord, mais j’en serais la prĆ©sidente.
– Ƈa marche.
Je hoche la tĆŖte en me demandant, finalement, quelles Ć©taient les probabilitĆ©s que je tombe sur quelqu’un d’aussi bizarre que moi. ƀ moins que je ne sois pas bizarre, en rĆ©alitĆ© ?
– Jus de fruits, je dĆ©clare fermement.
– C’est un nouveau jeu où il faut balancer la premiĆØre idĆ©e qui nous traverse l’esprit sans rĆ©flĆ©chir ?
– Je veux bien que tu m’offres un jus de fruits pour te faire pardonner. Essaie de suivre.
– Pardon, je serai plus attentif. Jus de fruits donc, on y va ?

FIN de l'extrait
X
Ma Romance de Noƫl (Presque) Parfaite
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Chapitre 1

Cette poule cherche un moyen de m’éliminer. Je le sais Ć  sa maniĆØre insistante de me fixer. DĆ©jĆ , les yeux d’un gallinacĆ© ne sont pas hyper rassurants, de base. Mais quand ils sont braquĆ©s sur moi comme les siens, je rĆŖve d’une broche tournante et d’un jus bien grĆ©sillant.
– Salut, Nina, t’as encore oubliĆ© tes clefs dedans ?
Liam remonte la bretelle de son sac sur son Ʃpaule et me sourit depuis le bas des escaliers.
Je suis installĆ©e Ć  l’extĆ©rieur, sur le cĆ“tĆ© de la villa où il vit avec son pĆØre. Quand on arrive, l’allĆ©e se sĆ©pare en deux pour permettre de se rendre chez eux, ou chez moi Ć  l’étage de leur garage et accessible par dehors.
Qu’est-ce que je disais : sa poule n’a pas bougĆ© Ć  son approche, c’est bien que quelque chose cloche. Ces bestioles ne sont pas censĆ©es se prĆ©cipiter Ć  la rencontre de celui qui les nourrit ? Y a un truc pas net avec elle, et je l’ai senti dĆØs la visite de l’appartement que je loue Ć  mon patron depuis presque un an. Je me rappelle encore l’annonce qui prĆ©cisait que les chiens et les chats n’étaient pas autorisĆ©s, Ć  cause de l’animal de compagnie du propriĆ©taire. Vu le loyer demandĆ©, je ne me suis pas mĆ©fiĆ©e, et j’ai naĆÆvement trouvĆ© Ƨa sympa d’avoir une cocotte Ć  domicile. Tu parles, sympa ! DĆØs que ses maĆ®tres ont le dos tournĆ©, elle recommence ses manigances et imagine ma mort de mille faƧons. Avec ses pattes acĆ©rĆ©es et son bec pointu, je suis sĆ»re qu’elle a dĆ©jĆ  sĆ©lectionnĆ© quelques attaques…

– Cette fois, ce n’est pas de ma faute, je rĆ©ponds au fils de mon boss. Il y a eu un courant d’air et la porte a claquĆ© pendant que je venais en aide Ć  Poulette.
Il sourit et je sais qu’il ne me croit pas, pourtant, il entre dans mon jeu.
– Elle Ć©tait en danger ?
– T’as pas idĆ©e ! J’ai vu un renard se faufiler sous la clĆ“ture. Je n’ai Ć©coutĆ© que mon courage et je suis sortie pour le chasser, sans penser un seul instant Ć  ma propre sĆ©curitĆ©. C’est dire si je suis dĆ©vouĆ©e Ć  cet animal…
– T’es sortie pour aider ma poule, Ć  7 heures du matin, avec tes chaussures Ć  talons et… C’est pas la robe que tu portais hier avant de voir tes sœurs ?
Ce gamin est trop fin observateur pour son bien.
– C’est important de s’apprĆŖter, y compris pour aller faire trois courses, ou sauver le monde, je rĆ©plique sans masquer mon sourire.
Le sien ne dure pas longtemps, il a l’air prĆ©occupĆ©.
– Raconte, je l’encourage Ć  se confier au lieu de lui demander le double de chez moi.
Car il a raison, bien sĆ»r : Ƨa fait une heure que je me gĆØle les fesses sur les marches de l’escalier. Il Ć©tait trop tĆ“t pour appeler Madden. Le fait est que j’étais pressĆ©e de retrouver les filles pour ma soirĆ©e de repos. Surtout que pour une fois, on sortait au lieu de squatter chez moi. Et, oui, un courant d’air a claquĆ© la porte. Celui provoquĆ© par le mouvement de mon bras la refermant, mais c’est un dĆ©tail.

– C’est Lily…
Liam Ć©vite mon regard. Je descends Ć  son niveau et l’invite Ć  s’installer Ć  cĆ“tĆ© de moi.
– Elle a tenu la main de Bastian et il raconte partout que c’est sa petite amie.
– J’ai loupĆ© un Ć©pisode, je note en passant un bras autour de ses Ć©paules. Je croyais que c’était officiel, vous deux. Vous aviez mĆŖme un nom de ship -que je trouve super cool, au passage.
C’est lui qui m’a appris ce qu’est un nom de ship, qu’on connaĆ®t aussi sous le terme Ā« brangeliner Ā», en rĆ©fĆ©rence Ć  Brad Pitt et Angelina Jolie. Il s’agit de contracter les deux prĆ©noms pour en former un nouveau, souvent bizarre, mais accrocheur. Lilyam : ils Ć©taient faits pour se mettre en couple, non ? On n’ignore pas ce genre de signes du destin, Ƨa porte malheur.
– Ouais, ben, je sais pas… En plus, il pue de la bouche, comment elle peut avoir envie de l’embrasser ?
– Ils se sont dĆ©jĆ  embrassĆ©s ? je m’étonne.
Je sais que les jeunes sont de plus en plus prĆ©coces, mais 11 ans… Tu fais quoi de concret, Ć  cet Ć¢ge ? Un smack tout au plus. Enfin je crois, maintenant, plus rien ne me surprend. Et pourquoi je pense comme une ancĆŖtre ? Allez-y, les jeunes, roulez-vous des pelles ! Pardon, j’ai perdu le fil. Heureusement, Liam suit et soupire avant de lĆ¢cher :
– Non, mais j’suis sĆ»r qu’il va essayer.
– Tu veux qu’on Ć©tablisse un plan pour casser son dĆ©lire ?
– Tu ferais Ƨa ? il me demande avec tellement d’espoir que je me dois de me rallier Ć  sa cause.

– Bien sĆ»r. Pour commencer, on pourrait l’inviter aprĆØs l’école et lui prĆ©senter Poulette. Avec un peu de chance, le dĆ©mon qui la possĆØde dĆ©cidera que Bastian mĆ©rite un bon picotage. Elle pourrait lui Ć©piler les poils des jambes un par un, Ć  coup de bec, tu en dis quoi ?
Il Ʃclate de rire : mission accomplie.
– Non, sĆ©rieusement, je suis sĆ»re qu’en plus de puer, il a d’autres tares, j’insiste quand il redevient soucieux.
– Ouais, mais si Lily l’aime bien…
– Tu sais quoi ? Si elle n’est pas capable de voir que tu es tellement mieux que cette boule puante ambulante de Bastian, y a pas photo : cette fille n’est pas pour toi !
Il n’est pas convaincu par ma tirade, et pour cause : je me souviens Ć  quel point j’étais entĆŖtĆ©e Ć  cet Ć¢ge. Peu importait si mon objectif Ć©tait Ć  ma portĆ©e ou non, je ne voulais rien entendre. Il fallait que je me casse la figure seule pour enfin admettre que je n’étais pas sur la bonne voie. Et encore, je devais parfois me vautrer Ć  plusieurs reprises pour comprendre. La rumeur raconte que je n’ai pas changĆ©. C’est fou ce que les gens sont mĆ©disants…
– Il a un vĆ©lo ? je tente Ć  nouveau.
– Un super VTT, il se la pĆØte avec.
– On peut lui crever les pneus !
– Ou pas.

Pris en faute, Liam et moi nous redressons, comme deux gamins, alors que j’ai 26 ans et que Madden n’est pas mon pĆØre. Pourtant, Ć  la maniĆØre dont il me regarde et au ton sans appel de son intervention, je suis clairement dans la panade. Je ne compte pas le nombre de fois où nous entrons en conflit, lui et moi. D’ordinaire, Ƨa se produit dans son bar et il y est plutĆ“t cool sur les consĆ©quences. LĆ , en revanche, il s’agit de son fils et je suis dans le coin depuis assez longtemps pour savoir que j’ai dĆ©passĆ© les bornes. Selon ses critĆØres, bien sĆ»r, car selon les miens, quand on dĆ©dramatise une situation pour aider un collĆ©gien Ć  se sentir mieux, y a pas mort d’homme.
– Va m’attendre, il lance Ć  Liam en lui tendant ses clefs.
Il attend que nous soyons seuls et passe Ć  cĆ“tĆ© de moi sans un mot et en laissant un bon espace entre nous. Il fait toujours Ƨa, Holly pense qu’en tant que patron, il se protĆØge contre les plaintes de harcĆØlement. Moi, je suis persuadĆ©e qu’il me tolĆØre par professionnalisme, car il ne m’apprĆ©cie pas beaucoup. Il monte jusqu’à la porte qu’il dĆ©verrouille. Au moment où j’imagine m’en tirer facilement (la fatigue me fait baisser la garde) et entre chez moi en marmonnant un discret merci, il m’interpelle.
– Ne fourre pas des idĆ©es de ce genre dans la tĆŖte de mon fils.
Je me retourne pour lui expliquer que je plaisantais et que je n’aurais jamais mis cette menace Ć  exĆ©cution, mais il n’a visiblement pas fini puisqu’il ne me laisse pas en placer une et enchaĆ®ne :
– N’interviens pas dans son Ć©ducation.

Pour le coup, il me blesse et il le sait. J’adore passer du temps avec Liam. DĆØs qu’il termine les cours, il rejoint son pĆØre au bar : on se voit souvent, Ƨa crĆ©e des liens. Sans parler de toutes les fois où on discute dans les escaliers, quand on se croise.
– J’ai encore le droit de lui adresser la parole, ou tu vas demander une ordonnance au juge pour me tenir Ć©loignĆ©e ? je l’interroge en serrant les dents. Il m’observe quelques secondes en silence. Le problĆØme avec mon patron, c’est qu’il a un physique distrayant. Alors que je devrais conserver une attitude belliqueuse pour manifester mon dĆ©saccord, je note tous les dĆ©tails qui font de lui un homme sexy, et donc, dangereux.
Il y a cinq ans, Madden McCarty Ć©tait le mannequin vedette de la marque de luxe Dandy’O, spĆ©cialitĆ© sous-vĆŖtements. Pour faire simple : il pourrait toujours l’être s’il le souhaitait. Il a cependant prĆ©fĆ©rĆ© raccrocher ses boxers pour monter l’entreprise qui me permet de payer mes factures et d’avoir un toit au-dessus de la tĆŖte. MalgrĆ© l’arrĆŖt de son activitĆ© pour laquelle son corps Ć©tait parfait, il a maintenu ses rĆ©seaux sociaux, en particulier Instagram où il est suivi par prĆØs de sept cent mille abonnĆ©s. Moi y compris. Il utilise ce compte pour la promo de son bar et de la biĆØre qu’il brasse lui-mĆŖme. Il a captĆ© que plus il montrait ses abdos, plus il attirait de clients. En d’autres termes, Ć  32 ans, il est bien foutu, il le sait, et j’en oublierais presque notre dispute si lui n’avait pas une bien meilleure capacitĆ© d’attention que moi.
– Ne t’enferme plus Ć  l’extĆ©rieur, Loreena, et rĆ©flĆ©chis quand tu t’adresses Ć  un gamin de l’âge de Liam. Tu penses qu’il a saisi l’humour ? Qui va devoir rattraper Ƨa, d’aprĆØs toi ?

Il avance d’un pas vers moi, et si je ne le connaissais pas, je pourrais le trouver menaƧant, tant cette proximitĆ© est rare. AprĆØs tout, quand on plafonne comme moi Ć  moins d’un mĆØtre soixante et qu’on a un type de plus d’un mĆØtre quatre-vingts en face de soi, ĆŖtre intimidĆ© serait un rĆ©flexe logique et sain. Pourtant je sais qu’il veut seulement s’assurer que j’ai bien compris le message, pas se la jouer mafieux. Cet Ć©change n’est pas isolĆ© : Madden est pire qu’une maman louve avec son fils, il passe son temps Ć  le surveiller comme du lait sur le feu. HonnĆŖtement, Ć©tant moi-mĆŖme sans enfants et pas prĆØs d’en avoir, je ne me permettrais pas de condamner la maniĆØre dont il Ć©duque le sien. Mais il devrait se dĆ©tendre un peu : je suis sĆ»re que les potes de Liam au collĆØge ont des suggestions bien moins fun et plus risquĆ©es que mon idĆ©e de crever les pneus d’un vĆ©lo.
– Je veillerai Ć  ne plus te dĆ©ranger, merci de m’avoir ouvert.
– Ne sois pas en retard.
– Je ne suis jamais en retard, je rĆ©torque, piquĆ©e au vif.
Il laisse traĆ®ner ses yeux clairs sur ma tenue et je rĆ©siste Ć  l’envie de me dandiner sous son attention. Le pouvoir lui monte vite Ć  la tĆŖte quand il me regarde avec son air rĆ©probateur de pater familias. Il est Ć  peine plus Ć¢gĆ© que moi, faudrait voir Ć  pas oublier ce dĆ©tail. Certes, il a dĆ©jĆ  une entreprise qui cartonne, une carriĆØre de mannequin et un gamin Ć  son actif. Mais Ƨa ne fait pas de lui un grand sage, ni de moi, une jeune Ć©cervelĆ©e Ć  qui il faut faire la morale. Enfin, dans son esprit, il semblerait que oui. Me retrouver Ć  la porte de chez moi pour la quatriĆØme fois depuis que je vis ici n’aide pas, question crĆ©dibilitĆ©.

Je ne sais plus de quoi on parlait, j’ai buguĆ© sur ses yeux. Quitte Ć  me faire rĆ©primander comme si j’avais 10 ans, autant que Ƨa en vaille la peine et profiter de la vue. MĆŖme si je dĆ©teste son attitude condescendante. Il s’en va enfin, me permettant de mieux respirer, et Poulette le suit de son regard flippant. Je souffle :
– Attaque ! Attaque le mĆ©chant monsieur, cocotte !
– Quoi ?
Je sursaute en réalisant ne pas avoir été assez discrète.
– Non, rien, je disais juste Ā« Ć  l’attaque d’une nouvelle journĆ©e, mon pote ! Ā» Madden plisse les yeux et je lui offre mon sourire d’ange. Celui qui m’a valu tellement de cadeaux dans les boutiques de mon village, petite. Le marchand de bonbons ? Cadeaux. La fleuriste ? Cadeaux. Ma mĆØre prenait toujours soin de m’amener avec elle lorsqu’elle faisait ses courses. MĆŖme chez l’esthĆ©ticienne, je papillonnais de mes longs cils fournis, et souriais avec une candeur totalement feinte, et je repartais avec des cadeaux que ma mĆØre s’empressait de rĆ©cupĆ©rer en prĆ©tendant qu’on les avait durement gagnĆ©s Ć  deux.
Au grognement d’ours et Ć  la dĆ©marche saccadĆ©e de mon propriĆ©taire lorsqu’il s’éloigne, je ne dois pas trop m’avancer en disant qu’il est immunisĆ© contre mon arme secrĆØte. Ƈa en fait un sur deux, car le jean qui a l’air d’avoir Ć©tĆ© cousu Ć  mĆŖme ses cuisses et moule son petit derriĆØre comme une seconde peau, confirme que je suis loin d’être insensible Ć  ses charmes.
Ah oui, l’autre problĆØme avec mon patron ? Je suis amoureuse de lui, et ma vie ressemble Ć  un mauvais scĆ©nario de tĆ©lĆ©film Ć  petit budget. Bah ouais, pas les moyens pour les effets spĆ©ciaux quand on Ć©conomise pour monter son entreprise !

FIN de l'extrait
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Romance contemporaine Fleur Hana
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